"PARENTÉ"? OU "PARENTALITÉ" ?
(Pierre Roggemans)
Discussion
Une institution (p.ex. la famille) est par essence un fait social. Ceci n’empêche pas l’analyse institutionnelle d’avoir des « effets » en psychologie. Mais dans sa méthode d’analyse, utilisée en psychologie (la pédagogie institutionnelle p.ex.) et non parce que l’institution existe.
Un acteur social (l’analyste institutionnel p.ex.) a évidemment des effets sur les composantes d’une société. Donc sur les individus qui la composent. Mais les individus n’y sont pas pris en tant que personnes, mais comme une composante de l’institution.
L’on ne travaille pas, dans l’analyse institutionnelle, l’individu, encore moins la personne, mais l’institution.
Par exemple : Par qui, comment et et pourquoi, l’institution a-t-elle été instituée ? Et ces finalités sont-elles encore d’actualité, les motivations de leur(s) auteur(s) ne sont-elles pas obsolètes ; l’institution est-elle donc immuable ?
Si non, le changement induira des effets psychologique sur les personnes qui participent à l’institution « démasquée ».
Il en est de même de l’institution « parentalité ». Qui, quand, comment, pourquoi fut-elle instituée ? Si ces questions sont d’ordre sociologique, la remise en question induira des questionnements dans le chef des personnes concernées.
Autre exemple : le rôle et le « status » (concepts sociologiques) de « paternalité » (fait social) peuvent être remise en question,et le sont parfois d'ailleurs.
Le père (protégé par l’institution - status et rôle sociaux de pater familias) voit sa position sociale remise en cause, et y perd en quelque sorte son latin…
Si la transformation de la société « peut » (doit) avoir des incidences psychologiques, ces incidences sont éventuellement traitées au plan psychologique. Mais alors, on cherche, en psychologie, au plan de la personne, quelles sont ces incidences, et comment les traiter.
La « parentalité » (fait social) se modifie et entraîne des transformations psychologiques chez l’individu. Mais la modification de la parentalité (fait social) n’ex - plique pas la modification individuelle : elle en est la cause primitive, et au psychologue d’en analyser les effets psychologiques, et donc de les ex-pliquer (ex-plicare : « déplier ») aves ses outils conceptuels, puis de les traiter avec ses outils thérapeutiques et cliniques.
Comme il était difficile au sociologue, à l’époque de Durkheim, de séparer le sociologique du psychologique, il est maintenant difficile au psychologue de se départir des concepts sociologiques pour s’expliquer elle-même…
Juste retour de flammes ???
Polémique
Il est regrettable que les thèses de Judith Butler et l’école du « Gender studies », par la confusion qu’entraine leur discours entre « sexe » et « genre », envahissent non seulement certains mouvements sociaux non avertis, mais également des psychologues, des psychiatres et finalement des éditeurs, et ceci de manière tout à fait insidieuse et opaque.
L’infiltration du terme, à la mode et à toutes les sauces, de « parentalité », à la place de celui de « parenté » en psychologie en est le meilleur exemple.
Ce terme de « parentalité » n’a en réalité en psychologie aucune consistance, aucune définition, même dans la plupart des dictionnaires scientifiques, sinon même aucun.
Il est vrai que l’auteur de l’ouvrage référencé dans notre bibliogaphie définit la parentalité comme «l’ensemble des remaniements psychiques à l’œuvre chez chaque parent pour investir le bébé (travail de la libido) et s’y attacher (bonding) ». Il s’agit de devenir père et mère d’un enfant, non seulement au plan physique, mais aussi psychique. On distingue deux fonctions différentes qui constituent la parentalité, la maternalité et la paternalité.
Or nous nous trouvons bien ici dans le champ de la psychologie, et non de la sociologie ni de l’anthropologie.
Que ces deux dernières sciences fassent usage de concepts de « parentalité », et, pourquoi pas si cela leur est nécessaire, «maternalité » et « paternalité » ne m’émeuvent gère. Or, ici, en psychologie, c’est un concept sociologique que l’on utilise, mais (est-ce vraiment à bon escient ?) pour expliquer des phénomènes psychologiques.
C’est le monde à l’envers ! C’est faire injure à Durkheim, l’un des pères fondateurs de la sociologie, et père de sociologie autonome des autres sciences, qui eut si difficile à faire admettre qu'il ne fallait expliquer les faits sociaux que par d’autres faits sociaux (tandis que l’on faisait souvent appel à la psychologie et à la physique par exemple).
Cette contamination de la psychologie par l’usage de concepts sociologiques pour expliquer le fonctionnement de faits psychologiques (comportements, émotions, psychogénèse, libido,…), est une faute scientifique, un manque de rigueur.
C’est participer à une nouvelle mode ambiante, celle qui aime les néologismes sans en connaître vraiment la portée. « Snobisme » médiatique ??
Mais quoi qu’on en dise, le concept et le terme de parenté expriment bien « l’ensemble des remaniements psychiques à l’œuvre chez chaque parent pour investir le bébé (travail de la libido) et s’y attacher (bonding) ».
Il s’agit de devenir père et mère d’un enfant, non seulement sur le plan physique, mais aussi psychique.
Affirmer le contraire reviendrait a prétendre qu’il n’y a pas d’évolution dans le psychisme, et que les concepts psychologiques seraient statiques. La parenté est bien au contraire, en psychologie, cette démarche d’«autorité»[1], celle qui aide à croître.
Il y a donc bien dans le concept même de « parenté » l’idée de d’évolution (progression, stagnation ou régression).
Le mot parentalité trouve son origine, bien sûr, dans les nouvelles formes de parenté (monoparentale, homosexuelles, familles recomposées, adoption, etc.)
Alors, pourquoi critiquer ce néologisme en psychologie ? Parce que précisément, il charrie derrière lui les thèses des « gender studies » qui, poussant leur raisonnement à son point ultime, dénonce finalement le rôle de la paternité dans l’éducation, puisqu’une femme seule, un couple de lesbiennes peuvent (paraît-il...) éduquer sans dommages pour l’enfant ni la société dans laquelle il grandira. Ne sommes-nous pas déjà en train de chercher à créer l’humain au départ des seules cellules féminines ?
Même l’œdipe est désormais relégué au placard… . Où est l’altérité, où est l’ « autorité » -dans son sens étymologique latin, à savoir : « qui aide à croître» [1].
Quant à la suite de la psychogénèse, après l’œdipe, qu’en fait-on ??
Ne nous leurrons pas, il s’agit ici, psychologiquement – sans même parler de son aspect moral – , et à long terme, d’une projet sociétal de castration de l’humanité toute entière.
Car tant la femme que l’homme (vir et non homo) participent de manière indélébile à la croissance (« autoritas») de l’enfant, et donc à sa psychogénèse. : c’est en effet leur mission de parents !
J’invite donc les professionnels de la psychologie à réfléchir sur cette question,
et à se montrer prévoyants, prévenants, préventifs face au risque
dont la dimension nous échappe encore, jusqu’ au plan scientifique et éthique,
et de ne pas s’en rendre complices par inadvertance.
Que l'on utilise ce terme de « parentalité » en sociologie, bien évidement, puisque cette science étudie les faits sociaux, et qu’à ce titre, elle a bien le droit de se construire de nouveaux concepts.
Mais que ces termes de « parentalité », « maternalité » et paternalité » restent à leur place, hors du champ de la psychologie.
Puisque « parenté » se suffit à soi-même en psychologie.
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[1] Contrairement à une certaine opinion, le mot « autorité » ne trouve pas sa source dans le mot grec « αuτος » (soi, soi-même) mais dans le mot latin « augere » : croître, augmenter. D’où le mot « augustus » et en Français : « août. » Le correspondant du terme « autorité » en grec se rapprocherait plutôt de « επιιμέληζ » (« qui prend soin de... » ).
L’autorité est tant celle de la mère,autorité domestique et sociale dans ce que PLOMIN (lien) appelle l'environnement partagé, que celle du père, qui lui, induit l’autorité sociétale, l’altérité de l'environnement non-partagé. Mais chacun des parents, de sexe opposé, apporte également la dimension sexuée de l’éducation parentale.